Le microphone constitue un élément très important pour votre home studio. Il doit restituer fidèlement le timbre de la source audio qu’il enregistre tout en délivrant un signal de qualité pour pouvoir être traité efficacement en phase de mixage.
De nos jours, l’offre est tellement diversifiée qu’il est compliqué de savoir vers quel microphone s’orienter. Parmi la diversité des technologies (à bobine, à condensateur, à ruban, etc.), des marques et des tarifs, il est primordial de choisir un produit adapté à votre projet.
Pour vous aider dans votre choix, nous allons d’abord parler un peu technique. Vous pouvez directement sauter sur mes conseils ou sur la section qui vous intéresse grâce au sommaire ci-dessous. 😉
Quels critères de sélection ?
La directivité
Elle définit, pour une source audio donnée, la manière dont le microphone va capter et restituer le son en sortie. Elle est unique à chaque microphone et est affichée sous la forme d’un diagramme polaire, où la longueur de chaque rayon représente la réponse en décibel du volume général ou de chaque fréquence. Ce critère est le plus important pour le choix de votre microphone.

Les directivités se classent selon trois catégories :
- Unidirectionnelle : le micro ne captera que ce qui lui fait face directement (à 0°),
- Bidirectionnelle : le micro ne captera que ce qui lui fait face et également derrière lui (à 0° et à 180°),
- Omnidirectionnelle : le micro captera de manière égale à 360°.
Certains micros offrent la possibilité de switcher de catégorie via un bouton. Toutefois, chaque directivité ayant sa spécificité, je vous recommande de débuter avec un micro unidirectionnel : facile à exploiter, il peut être utilisé pour de multiples applications.
La pression acoustique maximale (SPL)
Il s’agit de la pression sonore maximale que le micro peut encaisser avant de l’endommager. Vous risquez de faire écrêter le signal ou pire, de détruire la membrane. Ce second critère très important conditionne le type de microphone dont vous aurez besoin : une grosse caisse de batterie ne génère pas la même pression acoustique qu’une voix.
La réponse en fréquence
Chaque microphone va capter un son selon une sensibilité unique à chaque fréquence. Cette sensibilité est représentée par une courbe de réponse.

L’oreille humaine peut entendre les fréquences allant sur une plage de 20 Hz à 20 000 Hz. Par conséquent, la courbe de réponse fournie par les constructeurs est définie sur cette plage.
Certains microphones proposent physiquement un atténuateur de fréquences graves et également un boost de fréquences aigues. Généralement, les fréquences aux alentours des 2 à 3 kHz rajoutent de la présence, et celles aux alentours de 10 kHz une sorte d’air cristallin, ce qui peut être intéressant pour des voix. Néanmoins, je vous déconseille de prendre un microphone trop coloré en fréquences, sauf si celui-ci est vraiment adapté à votre voix, la meilleure solution étant de le tester en conditions réelles (en magasin ou en commandant sur internet pour l’essayer chez soi 😉).

La membrane (ou diaphragme)
Les micros à condensateurs sont tous munis d’une « petite » ou « grande » membrane. Bien que ces définitions soient un peu subjectives, il est facile de les différencier.
Le meilleur moyen de les reconnaître réside dans leur conception :
- Un microphone plutôt fin et avec une capsule orientée vers l’intérieur sera à petite membrane,
- A contrario, un microphone assez large avec une capsule orientée sur le côté sera à grande membrane.
Dois-je porter une importance à la marque ?
Ces dernières années, beaucoup de marques se sont créées avec pour objectif de proposer des micros de qualité à des tarifs de plus en plus bas. Le principal problème est la coloration de la source audio. Bien que le micro remplisse vos souhaits sur le papier, vous prenez le risque d’avoir du matériel probablement inadapté pour l’enregistrement des sources que vous projetez de faire. Un enregistrement trop coloré est difficilement voire non rattrapable en phase de mixage. De plus, ces micros risquent de ne pas être robustes dans le temps.
Quel microphone pour quelle application ?
Micros à condensateur
Ces microphones sont également appelés « statique ». Ils convertissent les signaux acoustiques grâce au principe de fonctionnement des condensateurs. En appliquant une pression acoustique en direction de la membrane (1), celle-ci va se déformer (2), faisant varier la capacitance du circuit. L’amplitude de la membrane dans l’espace sera ainsi proportionnelle au signal électrique généré. Une alimentation (3) est nécessaire pour polariser le circuit.

Avantages :
- Très bonne restitution de la source audio grâce à sa neutralité,
- Résonnance agréable dans les aigues, aux alentours de 10 à 15 kHz,
- Faible niveau de bruit vous produisant toujours des prises propres, si le lieu s’y prête !
Inconvénients :
- Obligation de fournir une alimentation via des piles, un transformateur externe ou en phantom,
- Très sensible aux bruits environnants (il peut capter le bruit du ventilateur de votre PC…).
Grande membrane
Du fait de sa taille et de sa masse plus importante, la large membrane aura une plus grande inertie que la petite membrane, permettant d’atténuer naturellement les fortes attaques et lissant le son, le rendant plus doux. Elle génère également moins de bruit. Prenez garde à bien positionner le microphone en mettant la membrane dans l’axe de la source audio.
Petite Membrane

La faible masse de la petite membrane lui permet d’avoir une inertie moins élevée, la rendant réactive à la pression acoustique : elle reproduit plus fidèlement ce qu’elle capte. Il s‘agit d’un bon choix pour enregistrer des instruments d’une manière plus neutre que les larges membranes. La capsule étant quasiment toujours dans l’axe du micro, positionnez-le directement en face de la source audio.
Micros à condensateur à tube
Les micros à tube possèdent un circuit interne de pré-amplification à lampes. Ce circuit nécessite l’utilisation de nombreux composants afin de le faire fonctionner, justifiant le prix élevé. Il est possible d’en trouver à des prix raisonnables, mais je ne le vous conseille pas : vous feriez des concessions sur des éléments de sa fabrication (moins bonne fiabilité, fragilité, tolérance d’usine plus élevée, etc.).
Micros dynamiques à bobine
Ces microphones fonctionnent sur le principe des lois de l’induction magnétique. Le son met en mouvement la membrane (1) puis la bobine de votre microphone (2), qui va coulisser sur un aimant (3) menant à la création d’un signal, capté par votre interface audio. Contrairement aux micros à condensateur, le signal électrique généré sera proportionnel à la vélocité de l’ensemble membrane/bobine. Ces micros sont plus robustes et possèdent un cahier des charges allégé par rapport aux micros à condensateur, de fait, ils ont un bon rapport qualité/prix.

Avantages :
- Capable d’encaisser de fortes attaques (SPL élevée),
- Fonctionne sans alimentation externe,
- Insensible à l’acoustique d’une pièce, parfait pour débuter !
Inconvénients :
- Réponse en fréquences plus colorée que les micros à condensateur, généralement à partir de 5 kHz,
- Leur insensibilité rend leur utilisation limitée aux sources audios puissantes et captées proche du micro.
Micros dynamiques à ruban
Ces microphones font également partie des micros dynamiques : une fine lame (de l’ordre du micromètre !) en aluminium faisant office de diaphragme est installée entre deux pôles d’un aimant permanent, formant un champ magnétique. Lors de l’application d’une pression sonore, la lame (1) entourée de deux aimants (2) vibre : un signal électrique est créé proportionnellement à la vélocité de la lame, au même titre que le micro à bobine.

La particularité de ces micros réside dans leurs graves et médiums chaleureux : la résonnance de la lame d’aluminium se situe dans les basses fréquences. Attention, les anciens microphones à ruban sont sensibles à l’alimentation phantom. Prenez garde à la désactiver ou munissez-vous d’un bloqueur d’alimentation phantom pour ajouter une protection supplémentaire.
Avantages :
- Coloration unique dans le bas du spectre, que les micros à condensateur et à bobine ne peuvent reproduire,
- Sensibilité située entre les micros à condensateur et à bobine, les rendant polyvalents,
- Leur atténuation dans les hautes fréquences les rend intéressants lorsque vous souhaitez enregistrer une source audio débordant d’aigues.
Inconvénients :
- Ils sont très fragiles : évitez de les manipuler violemment et ne mettez pas d’objets métalliques à proximité, à cause de leur aimantation,
- Leur signal en sortie est faible. Il vous faudra pousser votre préampli afin d’obtenir un signal convenable, en contrepartie de quelques bruits parasites.
Quels accessoires indispensables pour vos prises ?
Filtre anti pop ou bonnette ?
Le filtre anti pop est surtout utile lorsque vous enregistrez des voix. Il permet d’atténuer les fortes consonnes telles que les lettres « p » et « b » (appelées des plosives). En effet, il permet de diffuser l’air avant que celui n’entre en contact avec la capsule. Sans ce filtre, vous risquez de faire saturer votre microphone, directement reconnaissable grâce à un son très caractéristique : le fameux « pop ».
La bonnette permet de diminuer le bruit du vent lors d’une captation extérieure. Certains microphones en sont équipés d’office. Bien que les deux soient intéressants selon les applications, n’oubliez pas :
- Qu’un filtre anti pop de qualité (comme le K&M 23956 Popkiller) durera dans le temps et restera très neutre vis-à-vis des fréquences atténuées,
- De retirer la bonnette de votre microphone (elle peut être cachée sous la protection) si vous enregistrez déjà avec un filtre anti pop.

Pied de microphone
Il vous permet d’y fixer votre microphone afin de pouvoir l’utiliser dans diverses positions. Il est indispensable d’en avoir un en studio, ne serait-ce que pour éviter les bruits de manipulation et accessoirement de le faire tomber…
Diverses tailles de pieds de micro sont présentes sur le marché. Personnellement, j’utilise le K&M 210/9 que je recommande, tant pour de l’enregistrement en home studio qu’en live. Il ne m’a jamais fait défaut ! Comme pour le filtre anti-pop, je fais confiance à cette marque.

Support de microphone
Chaque micro est quasiment systématiquement fourni avec sa pince pour pouvoir le fixer sur un pied (certains ont déjà une suspension comme le Blue Spark SL). Cependant, cette pince étant solidaire à celui-ci, elle retransmet toutes les vibrations du sol directement au micro.
Pour pallier ce problème, vous pouvez utiliser une suspension qui permet d’atténuer voire d’annuler les vibrations, agissant de la même manière qu’un ressort. Le Rycote USM remplit bien cet objectif. 😉

Câble XLR
Pour relier votre micro à votre carte son, vous aurez besoin d’un câble XLR 3 broches, de femelle (branchement côté micro) vers mâle (branchement côté carte son).
Essayez de vous procurer un câble XLR sans le surdimensionner par rapport à la distance nécessaire, pour éviter au plus possible les interférences de votre pièce, et également pour des raisons pratiques. Vous pouvez vous procurer un très bon Sommer Cable Galileo.
Mes choix de microphones pour votre home studio
Enregistrer des voix
La voix est certainement le premier instrument qui nous vient en tête lorsqu’on souhaite acheter un microphone. La voix humaine possède une vélocité hors du commun. Elle couvre une large amplitude de puissance (du chuchotement au cri), ce que peu d’instruments peuvent reproduire. En ce sens, le choix d’un microphone silencieux est la meilleure décision possible. Comme précisé précédemment, évitez de vous orienter vers un microphone qui surcolore certaines fréquences : ceux-ci sont à éviter, à moins d’en essayer pour trouver le plus adapté à votre voix.
Pour remplir cette tâche, je vous propose le micro à condensateur grande membrane Rode NT1-A. Si vous souhaitez enregistrer des voix plus énervées, je vous conseille de vous orienter vers un micro à bobine, le fameux Shure SM7B. L’ayant utilisé plusieurs fois, sa conception de qualité vous permet des prises brutes facilement exploitables en phase de mixage.

Enregistrer de la guitare acoustique
Il existe deux méthodes possibles afin d’enregistrer de la guitare acoustique : soit via le micro piézo-électrique, si elle en est équipée, soit à l’aide de microphones. Sans aller dans les détails, le son du micro piézo-électrique n’est pas très convaincant pour un enregistrement : il sonne creux et manque de caractère. Un micro à condensateur grande membrane est le plus adapté pour cet instrument (associé à un bon placement) : il permet de capter l’ensemble de la guitare, l’attaque des cordes et les nuances de jeu.
Vous pouvez vous diriger sur le Rode NT1-A cité plus haut. Il vous permet également via un switch d’atténuer les graves.
Enregistrer des amplificateurs guitares et basses
La forte pression acoustique générée par les amplificateurs guitares et basses nous guident naturellement vers un microphone à bobine. Le très classique Shure SM57 remplit haut la main cet objectif, en captation proche du baffle pour assurer une bonne restitution des graves et un pic aigu intéressant.
Il peut être intéressant de tester avec un microphone à ruban, par exemple le Golden Age Project R1, en prenant garde à laisser un plus grand espace entre le haut-parleur et le micro pour diminuer la pression acoustique. Comme pour la guitare acoustique, le signal audio, ses caractéristiques et sa couleur seront en fonction du placement du micro.

Enregistrer des cuivres
Dû à la forte pression acoustique de ces instruments, un micro dynamique du type Shure SM57 suffira amplement. Il est possible de tester avec un micro à ruban ! Attention cependant à bien l’éloigner de l’instrument, que cela soit du saxophone, du tuba, du clairon, etc. ou cela risque de lui être fatal.
Enregistrer des instruments à cordes
Cette famille regroupe beaucoup d’instruments différents. Leur particularité réside dans leur complémentarité avec l’espace où ils sont enregistrés. En ce sens, il est intéressant d’utiliser des micros à condensateur, et même des micros à ruban pour essayer de capturer les médiums, très importants sur ces instruments. Evitez les micros à condensateurs présentant une trop forte présence dans les aigues, ils risquent de donner par exemple aux violons un aspect criard.
Enregistrer de la batterie
La batterie dispose de beaucoup d’éléments différents. En conséquence, il est nécessaire d’avoir plusieurs micros à portée de main pour tous les enregistrer en conservant leurs propriétés sonores. D’une manière générale, un bon placement consiste en un micro à bobine pour la caisse claire, un micro à bobine pour la grosse caisse et deux micros à condensateurs petite membrane (ou à ruban pour atténuer les aigues) pour capter les cymbales en stéréo. Toujours veiller à la SPL maximum, notamment dans la grosse caisse.

Conclusion
Foncièrement, il n’y a pas de loi empirique concernant le choix de votre microphone. Cela va dépendre de la source audio, de son spectre sonore, de sa directivité, de sa puissance, etc. Vous avez le droit d’expérimenter des prises avec diverses technologies ! Gardez simplement en tête que certains microphones seront plus adaptés pour une application que d’autres.